Avertissement : Je tiens tout d'abord à préciser que mon témoignage ci-dessous est totalement objectif et nullement diffamatoire, et que tous les faits cités sont véridiques et en aucun cas exagérés.
Après l'avoir comparée lors de mes voyages aux auberges de jeunesse de : Poitiers, Chamonix, La Rochelle, Carcassonne, Londres (six auberges testées sur sept), Dublin, Copenhague, Vejle, Amsterdam (Vondelpark), Heidelberg, New York, Montréal et Québec ; la pire de toutes, c'est bien celle de Paris-Clichy, autrement nommée Léo Lagrange ! C'est un réel déshonneur ainsi qu'un total manque de respect que de salir le nom d'un homme si brillant pour un tel bouge !
ENVIRONNEMENT : Située au beau milieu de la ville de Clichy, non loin d'un quartier sensible, cette auberge partage un vieux bâtiment terne avec un foyer de jeunes sauvageons qui passent leur temps à emmerder le monde, à jeter des yaourts ou des oeufs sur les touristes, à siffler ou insulter les passants ou encore à déclencher -fréquemment- l'alarme incendie en pleine nuit, obligeant ainsi les touristes à interrompre leur sommeil pour un exercice nocturne.
L'auberge de Jeunesse Léo Lagrange a constamment été en travaux de rénovation et de mise à niveau depuis son ouverture en avril 1995 (par ailleurs, ce bâtiment répond aux normes de sécurité et électrique seulement depuis 2002 !). Malgré cela, rien n'y fait : ce bâtiment est toujours aussi défraîchi et hors-norme. Remarquez, ce serait comme transformer un cimetière en un parc d'attraction : des travaux titanesques sont à prévoir !
L'ACCUEIL :
- Un grand escalier à l'entrée du bâtiment -qui ne possède aucune installation pour accueillir des personnes physiquement réduites- mène vers une réception aseptisée, entourée de baies vitrées et sans climatisation, donc sujette à des températures extrêmes : glaciales l'hiver et infernales l'été.
- Les stagiaires et le peu de salariés aimables qui y travaillent sont à plaindre, car ils sont surexploités par des responsables à la compétence douteuse. Ces quelques personnes de bonne volonté doivent composer avec du matériel obsolète et sont obligés de travailler avec des salariés permanents qui parlent à peine anglais... Ce qui ternit grandement l'image du tourisme et de l'hotellerie français !
- L'ambiance est comparable à celle d'un abattoir où les touristes sont traités comme du bétail : Il n'y a souvent pas assez de personnel à la réception pour s'occuper d'eux d'une façon décente et l'accueil est de ce fait très expéditif. Le plus souvent, il n'y a qu'une seule personne au guichet pour accueillir plus de 300 personnes.
- La salle commune est à peu près correcte, bien qu'elle fasse à la fois bar/cuisine individuelle/salle TV/salle à manger/salle de jeux/fumoir. A ce propos, les non-fumeurs devront malheureusement se trouver un autre endroit où se relaxer : c'est très souvent enfumé et bruyant, et aucun endroit non-fumeur ni calme n'est prévu (et la loi Evin ?). Donc l'usage de cette salle commune est fortement déconseillé en compagnie de bébés ou de jeunes enfants.
- Il est fortement déconseillé de laisser ses bagages à la bagagerie, celle-ci étant sujette à de nombreux vols. Il en est de même pour les chambres qui sont aussi sûres qu'un hall de gare. Mieux vaut s'en remettre aux consignes (payantes comme par hasard !) si vous voulez retrouver toutes vos affaires.
- Il est recommandé de garer son véhicule ailleurs que sur le parking situé devant l'auberge, car il n'est pas inhabituel que des tabourets (ou autres objets lourds) se retrouvent fichés dans le pare-brise...
- Deux ascenseurs en bout de course, qui ne supportent guère plus de quatre personnes et qui tombent fréquemment en panne, desservent les étages supérieurs vers les dortoirs, la laverie et la salle de petit-déjeuner.
PRESTATIONS :
Du cinquième au huitième étage, des couloirs dignes d'un mouroir, avec :
- Des chambres exigües équipées de 2, 3, 4 ou 6 lits de camp en métal dont la peinture orange s'écaille, et d'où on est sûr de se réveiller avec un mal de dos tant le sommier est mou. Les chambres n'étant pas du tout insonorisées, on entend tout ce qui se passe dans les chambres voisines : les ronronnements de discussions, des ébats amoureux ou des jeunes en pleine forme qui hurlent dans les couloirs... Dur de trouver le sommeil dans de telles conditions !
- Des douches mal ventilées, dans lesquelles des moisissures s'accumulent et la peinture s'écaille (encore!?!). La température de l'eau y est soit glaciale soit brûlante, et il n'est hélas aucunement possible de régler soi-même la température car il n'y a pas de mitigeurs mais juste un thermostat -mal réglé- pour chaque étage. Puis, après la douche il est très facile d'attraper la crève dans les couloirs aux courants d'air sibériens en retournant vers sa cellule... Euh, pardon : sa chambre.
- Au quatrième étage, la salle du petit-déjeuner où sont servis boissons chaudes (thé, café, lait ou chocolat), petits pains, confiture, beurre et une espèce de boisson lyophilisée style Tang, au goût orange/eau de vaisselle.
HYGIENE :
Malgré le piteux état du bâtiment, la propreté répond présente à l'appel et est assurée par du personnel assez efficace mais surexploité à cause de lacunes évidentes en français... Il n'y a pas de poussière, les poubelles sont vidées très régulièrement, etc... En revanche, le changement des draps ne fait vraisemblablement pas l'objet de la même attention. En effet, les jours où il n'y avait plus de draps propres en stock (sans doute par manque d'organisation) les plus propres des draps sales étaient remis sur les lits, ce bien entendu, à l'insu des touristes. Imaginez donc passer la nuit dans la sueur et les squames (=peaux mortes) de quelqu'un d'autre !
Cette pseudo-propreté peut paraître paradoxale lorsqu'on sait que des vagues successives de bestioles diverses ont pris l'auberge d'assaut :
-Il y a eu d'abord l'apogée des cafards qui a duré jusqu'à fin 2000. Les cafards se trouvaient absolument partout : à l'accueil, dans les cuisines, dans les chambres et même dans les douches !
- Puis, il y a eu l'ère des puces et punaises de lits, qui ont pris possession des lieux dès fin 2001, en envahissant les chambres les unes après les autres. Beau souvenir de Paris pour les touristes qui en ramènent chez eux, d'autant plus que ces bestioles qui se nourrissent de sang humain ont développé une resistance à tous les insecticides et se reproduisent à vitesse grand V. Une petite anecdote : une famille d'Australiens a dû débourser une somme considérable pour débarrasser leur logement de ces clandestins indésirables !
- Entre temps, les rats et surmulots ont toujours fait partie des locataires en élisant domicile là où il y avait de la nourriture, c'est à dire dans les cuisines et dans les poubelles du sous-sol.
- Sans oublier un bref passage de la tuberculose, une maladie pourtant tellement rare... Heureusement que (presque) tout le monde est vacciné. La peste ou l'Ebola passeraient par cette auberge que ce ne serait pas étonnant !
Malgré tout cela, cette auberge continue à accueillir des centaines de visiteurs chaque année. Ce n'est sûrement pas grâce à une réputation établie ou grâce aux recommandations du Guide du Routard -qui perd là toute sa crédibilité-, mais plutôt parce que bien des touristes se retouvent au pied du mur lorsque les autres auberges de jeunesse sur Paris sont complètes et, de ce fait, n'ont pas le choix. C'est ça où dormir à la belle étoile. Bon nombre d'entre eux y passent une nuit par dépit. Et c'est d'autant plus douloureux que les prix sont exorbitants pour les prestations fournies : 18,50 euros la nuit !
Quoi qu'il en soit, vous pourrez vérifier la grande partie de mes propos en allant visiter cette "auberge de jeunesse", qui relève plus d'un bunker que d'un lieu d'hébergement, surtout si vous avez du temps, de l'argent et de la dignité à perdre...
En conclusion, on devrait faire de ce bâtiment un centre pour jeunes mineurs délinquants (il l'est déjà à moitié), ou encore un musée des choses à ne pas faire dans le tourisme ou l'hôtellerie. A moins que l'ultime solution soit de le raser ?


